
Le syndrome du tsunami cognitif à l’ère de l’IA
Depuis le 30 novembre 2022, jour de la sortie officielle de GPT-3.5, j'ai plongé tête la première dans l'univers des intelligences artificielles. Et depuis, mon cerveau dévale une pente vertigineuse qui ne s'arrête pas. Chaque jour, je suis traversé par un flot continu d'idées, de projets, de questions et surtout de réponses immédiates dont la pertinence augmente chaque jour. Là où autrefois il fallait attendre, chercher, confronter, aujourd'hui tout est instantané.
C'est un phénomène que je nomme le syndrome du tsunami cognitif. Je ne pense pas que cela soit une maladie, mais plutôt un état permanent :
- Compréhension, fascination et utilisation intensive de l'intelligence artificielle ;
- une difficulté à hiérarchiser, tant chaque idée semble mériter d'être poursuivie ;
- une certaine fatigue mentale liée à la vitesse folle à laquelle tout s'enchaîne ;
- une impression de dispersion constante, comme si ma pensée s'éclatait en mille directions ;
- et ce paradoxe frustrant : avoir accès à tout, mais être incapable de tout intégrer.
L'IA n'est pas seulement une source d'informations comme l'étaient Internet ou les réseaux sociaux. Elle est un accélérateur de possibles.
- Elle est disponible 24h/24, abolissant les temps morts.
- Elle supprime les intermédiaires : conseiller, juriste, graphiste, ingénieur, ou comptable sont là, à portée de clic.
- Elle permet de prototyper un livre, une entreprise ou une animation en un rien de temps.
- Et surtout, chaque réponse ouvre dix nouvelles questions, qui elles-mêmes se ramifient à l'infini.
Là où Internet offrait un océan d'informations, l'IA ouvre un multivers de réalités alternatives. Et je me retrouve à essayer de toutes les traverser à la fois. Cela a de gros effets sur ma vie intérieure :
- Ma créativité est décuplée : je peux tout esquisser, tout inventer.
- Mais mon esprit n'est pas entraîné à filtrer et à mémoriser durablement.
- Et une nouvelle responsabilité apparaît : c'est à moi d'inventer mes propres frontières, là où hier elles étaient dictées par la société, par les institutions, par la rareté de l'accès aux experts.
Ce que je vis n'est pas un simple effet secondaire d'une technologie émergente. C'est un changement anthropologique, une nouvelle condition de la vie humaine.
L'IA m'a libéré des anciennes contraintes, mais elle m'a aussi jeté face à une liberté brute, vertigineuse, sans garde-fous. La question n'est plus : « Que puis-je faire ? » mais bien : « Que vais-je choisir de faire, dans l'infini des possibles ? »
Le syndrome du tsunami cognitif est peut-être le prix psychologique d'une liberté inédite. Il ne s'agit pas de ralentir l'innovation, mais d'apprendre à apprivoiser cette vague : inventer de nouveaux filtres, retrouver des rythmes, accepter de choisir et de renoncer.
Car si l'IA est une force de libération, elle peut aussi devenir un vertige permanent. Tout dépend de la façon dont nous apprenons à surfer cette immensité.
Martin de Numméris
Cet article a été produit en collaboration avec de l'IA, comme partenaire de réflexion et de rédaction.
